06.11.2019 « Nos expériences sont très positives »

Cinq questions à Denise Schwegler, du service spécialisé Prévention contre l’excision de Caritas Suisse. Ce service prend en charge et accompagne des personnes clés de la diaspora, appelées « multiplicatrices » et « multiplicateurs ». Ensemble, ils proposent des événements de sensibilisation et des entretiens-conseils et contribuent ainsi à protéger de l’excision des jeunes filles et des femmes menacées par cette pratique.

Photos « Nos expériences sont très positives »

TODO CHRISTIAN

1     Pourquoi Caritas Suisse mise-t-elle sur des volontaires pour la prévention de l’excision ? 

Nous ne parlons pas de « volontaires » ni de « bénévoles », mais de « multiplicatrices » et de « multiplicateurs », car nous concluons un contrat avec ces personnes et les indemnisons pour leur travail. Nous collaborons avec une cinquantaine de femmes et d’hommes qui œuvrent dans leur entourage pour mettre fin aux mutilations génitales féminines. Ces personnes jouent pour nous un rôle central, car ce n’est que grâce à elles que nous pouvons entrer en contact avec des groupes souvent isolés de Somalie, d’Érythrée et d’Éthiopie. Les multiplicatrices et multiplicateurs ont la même origine et parlent la même langue que ces groupes cibles. Souvent, ils sont même personnellement touchés. Ils jouissent d’une grande acceptation sociale qui leur permet de lancer le débat sur l’excision – un sujet souvent tabou – et d’amorcer ainsi un changement de valeurs, dans le meilleur des cas.

2    Comment trouvez-vous vos multiplicatrices et multiplicateurs ?

En 2006, Caritas Suisse a créé un service de médiation Prévention contre l’excision des filles, qui est principalement financé par l’Office fédéral de la santé publique. Depuis, nous proposons chaque année à la population migrante des formations continues pour lesquelles nous nous adressons aussi à des services de recrutement d’interprètes. Le réseau personnel des multiplicatrices et multiplicateurs actuels joue également un rôle majeur. Ils peuvent motiver des connaissances ou des proches à s’engager à leur tour pour cette cause.

3    Comment répartissez-vous les tâches entre Caritas Suisse et les multiplicateurs ?

Nous accompagnons et coachons nos multiplicatrices. Avant qu’elles débutent leur mission, nous leur transmettons des connaissances de base sur le sujet et sur nos offres de conseil. Nous continuons ensuite à les former régulièrement, car nous attachons une grande importance à la qualité des entretiens de prévention et des événements d’information. Lorsqu’une multiplicatrice organise une réunion de sensibilisation, c’est elle qui détermine le lieu et invite les participants. Elle se charge aussi d’animer la séance et de traduire lorsqu’un expert du Réseau suisse contre l’excision s’adresse au public. Nous sommes surtout présents aux événements des multiplicatrices et multiplicateurs peu expérimentés, et fournissons aussi des kits d’animation. Il s’agit de cartes photos, notamment sur le thème de la santé de la femme (contraception, virginité et grossesse, p. ex.). Deux de ces cartes abordent les mutilations génitales. Il est souvent plus facile de parler de ce sujet sensible lorsqu’il s’inscrit dans un cadre plus large.

4    Quelles expériences retirez-vous de cette collaboration ? Qu’est-ce qui fonctionne bien et quels sont les défis à relever ?

D’une manière générale, nos expériences sont très positives. Les multiplicatrices et multiplicateurs nous aident à atteindre nos objectifs : nous voulons protéger les filles non excisées de cette pratique. Mais nous souhaitons aussi permettre au plus grand nombre d’avoir accès aux soins en Suisse. Lors des événements organisés, nous rencontrons souvent des femmes vulnérables qui ne connaissent pas notre système – et ne savent donc pas qu’ici, en Suisse, toutes les formes de mutilations génitales féminines sont punies. Souvent, elles ne savent pas non plus qu’elles peuvent obtenir une aide médicale ou des conseils gratuits. L’un des grands défis pour nos multiplicatrices et multiplicateurs est de s’exposer dans leur environnement. Il leur faut du courage pour affronter les voix critiques qui leur reprochent de jeter le discrédit sur la communauté. Pour notre service, le défi réside dans la très grande hétérogénéité du groupe des multiplicateurs, notamment en termes d’engagement et d’activités, mais aussi de formation et de familiarité avec les médias électroniques. Certains n’ont pas d’adresse e-mail, ce qui alourdit notre travail de coordination.

5    Caritas Suisse mise-t-elle aussi sur une collaboration avec des volontaires dans d’autres domaines ?

Oui. C’est pour nous un modèle de réussite que nous appliquons aussi dans d’autres projets. Un exemple est l’aide apportée aux paysans de montagne. Nous proposons des bénévoles qui, selon les besoins, peuvent aider à l’étable, pour les foins ou pour la garde des enfants. Notre projet de parrainage « avec moi » repose également sur des bénévoles qui sont prêts à soutenir un enfant dans des conditions sociales difficiles en devenant son parrain ou sa marraine. La coopération avec des volontaires est pour nous d’une grande utilité, car par leur travail, ces personnes contribuent à une communauté solidaire. Elles nous aident à combler les lacunes dans le réseau social quand, par manque de ressources humaines ou financières, nous ne pouvons proposer aucune offre professionnelle.

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Contact

Denise Schwegler
service spécialisé Prévention contre l’excision
Caritas Suisse

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